Extraits de la communication de Francine et Jean-Noël Cordier,
le 26 novembre 1998, à la Société d'agriculture, sciences et arts de Douai
L'œuvre de Patrice Haudegond fait songer tant sur le plan du dessin et du métier que sur celui de l'illustration, des thèmes et des couleurs, à une quête de la connaissance : connaissance du monde en l'acuité du regard porté, connaissance de soi par le dépassement exigé, et connaissance de l'essentiel en la mystérieuse alchimie et la symbolique riche et souple qui la conduisent. Devant le paysage de Patrice on se croit d'abord en présence d'une belle image. Mais la délicatesse des détails et l'aboutissement du métier nous y invitant, on commence à s'enfoncer progressivement par le chemin, à travers les arbres, et le temps s'arrête : il n'y a plus de temps  …
Né en 1943 à Bélâbre dans l'Indre, Patrice Haudegond entre à quinze ans à l'école des Beaux Arts de Douai, où il est l'élève du graveur Auguste Gaudin. Lors de sa mobilisation en Algérie, peu après l'indépendance, il avait l'habitude de goûter les nuits africaines et de dessiner en la vieille cité de Miliana. Il y dessinait sur le motif, comme il le fait toujours régulièrement, mais il se laissait aussi porter par l'appel de l'imaginaire. Car son art n'est pas figuratif. Certes Patrice ne s'écarte jamais de la raison et se soumet aux règles rigoureuses de l'optique, mais c'est pour mieux donner vie à ce rêve intérieur qu'il poursuit inlassablement. Il a apprécié, à l'Ecole nationale des arts et industries textiles de Roubaix, l'enseignement rigoureux du peintre René Jacob qui insistait sur l'exigence du dessin d'observation. Mais la maîtrise technique n'a jamais pris le pas sur l'expression de l'imaginaire. Elle est simplement le meilleur moyen d'exprimer avec certitude ce qu'il voit intérieurement. Il aime la gouache qui donne forme et nuance aux thèmes venus des profondeurs de son être. Le dessin à la plume, austère et exigeant, s'offre au jaillissement spontané de l'acte créateur. Sait-on qu'il laisse une œuvre sculptée intéressante et variée ? Mais on n'aurait garde d'oublier l'huile qui permet des dégradés subtils et des possibilités inépuisables.
Pour lui, l'art doit avant tout être plaisir pour le créateur comme pour l'amateur. Jamais intellectuel, l'art véritable, à la fois tout de légèreté et de profondeur, est donc jouissance avant d'être connaissance.