Extraits du texte de présentation de Valérie Catelain - Docteur HDR, Agrégée de Lettres modernes
pour le livre : Pèlerinage imaginaire
Si l'on peut imaginer explorer les œuvres picturales de Patrice Haudegond, il n'en demeure pas moins qu'il faut aussi les habiter. Et 'image de la ville, au même titre que celle des paysages ouverts à l'infini, ou encore, plus simplement celle de scènes de la vie quotidienne constituent des seuils où l'on n'a jamais contemplé de plus près ce qui représente l'essentiel de l'itinéraire personnel et spirituel du peintre. En effet, révélant émotions, sentiments et pensées de l'être humain, le paysage devient procédé métaphorique, réalisation plastique de ce qu'on s'efforce d'exprimer. Lieu d'errance et d'aventure, théâtre de l'insolite et du multiple, offrant une vision de ses fantasmes, le tableau devient le lieu propice à la découverte et à l'étonnement, expression de l'imaginaire poétique … De fait, le parcours des personnages représentés s'appuie sur le mouvement de la spirale ascensionnelle, témoignant d'une recherche toujours plus serrée des significations de la vie intérieure. Ils rejettent tout à la fois l'irréalité du monde et les valeurs fausses qui le régissent. Ouvrant leur cœur aux révélations essentielles, ils renoncent sciemment tant au mensonge intérieur qu'à l'hypocrisie sociale  …
La vision intérieure prévaut, amendant la réalité. L'univers se colore d'un trait fulgurant, pour une part, purement fantastique, libérant l'imaginaire poétique, privilégiant la valeur de l'étonnement. L'impression est d'autant plus forte que l'espace éclate, saisissant le changement des couleurs avec l'heure et le déplacement insolite des ombres douteuses. Accrochant la lumière, elle agence les différents plans, composant avec soin les harmoniques du plaisir. La dialectique du révélé/caché se révèle primordiale. L'aspiration profonde de l'âme émane du désir du corps. Il est vrai que le paysage doit être sans cesse redessiné par une sympathie portant au jour une complicité de signes, émouvant regard sur les affinités qui font sens avec une nature immémoriale. Un étrange cérémonial s'institue. Tout parle d'Ailleurs. Quête du moi et de l'identité, l'expérience humaine aboutit à l'unité cosmique. L'unité recomposée peu à peu n'est autre que l'accord originel duquel l'être s'est momentanément détourné. Signification cachée de ses sortilèges, rythme essentiel du langage humain, l'art de Patrice Haudegond prend un sens sacré. Démultipliant les approches, le lieu dépeint acquiert alors davantage de présence, rendant présent l'essentiel, avant-goût d'éternité.
On assiste à une significative anamorphose du paysage, mystère du monde jamais possédé, toujours réinventé. Suspendue au mouvement labyrinthique, la vision du peintre laisse entendre une compréhension nouvelle des êtres et des choses, accédant de surcroît à la transcendance d'un monde de mystère. Opérant des rapprochements qu'on ne soupçonnait pas ou que l'on parvenait mal à justifier revient à devenir, selon la belle formule de Julien Gracq, et ainsi qu'y parvient avec finesse Patrice Haudegond, "perceurs de frontières", jetant des ponts entre les rives.